Santé et performance : deux polarités pour une même époque

La quête d’excellence sportive se situe souvent entre la recherche d’équilibre et celle de la performance, entre la logique du bien-être (confort, santé, épanouissement, homéostasie etc.) et celle du toujours mieux (dépassement de soi, résultat, record, démesure, déséquilibre).

Notre époque est tenue par un fil qui relie deux polarités : la santé et la performance. Tout un chacun souhaite s’épanouir, être en bonne santé, prendre du temps pour soi. Cela fait partie de l’idéal occidental à la recherche du bonheur absolu. Parallèlement à cela, nous évoluons dans un système orienté vers la performance et le résultat, que ce soit dans le sport, l’entreprise, l’éducation ou la vie personnelle.

Ainsi, dans l’idéal collectif, le champion incarne celui qui réussit et qui se dépasse. Il est l’image illustrant la dynamique culturelle de notre époque. Or il illustre aussi le paradoxe de notre époque : la performance amène à se dépasser au point de parfois se blesser, être en surcharge mentale ou physique etc. et donc mettre à mal sa santé tout en cherchant à la préserver.

depassement de soi dans le sport

Le corps : support d’une quête de sens

Actuellement, dans le dépassement de soi il y a l’idée d’excellence physique comme étant le support d’une quête de sens et de transcendance.  Dans les salles de sport comme dans le sport de haut niveau, le corps devient au centre de notre attention dans le but de le sculpter, le rendre plus fort et plus puissant

Pour certains, la quête de dépassement de soi va parfois jusqu’à faire face à la mort. Cela se retrouve chez ces hommes et ces femmes qui optimisent chaque partie de leur corps et de leur esprit dans le but inconscient de mettre du sens à leur propre existence. Ces navigateurs, grimpeurs, ultra traileurs et autres sportifs de l’extrême, représentent l’image de l’athlète solitaire qui, dans l’ombre, fait face aux dangers de la nature et va affronter ses limites, ses peurs et la souffrance.

L’épreuve de la mort : dépassement de soi ultime

Cela me rappelle un ultra traileur que j’accompagne et qui un jour s’est retrouvé face à sa propre mort.

Seul, épuisé après plus de 130km de course, gelé dans le brouillard, il se retrouve « au bout du bout » : plus de force, la douleur morale prend le dessus sur la souffrance physique. Il vit ces instants seul dans la montagne et les minutes passent comme des heures. Il se surprend à se dire qu’il est prêt à mourir, à tout stopper. Sa pulsion de vie qui le sauvera et l’amènera à reprendre le chemin le menant à l’arrivée. Cette expérience traumatisante l’a marqué durant des mois. Le plus gros travail a été de l’aider à gérer et accepter cet événement comme faisant partie de son parcours. Il a repris les ultratrails mais donne désormais une symbolique tout autre à son engagement. Il a pris conscience qu’une partie de lui est en quête d’un dépassement de soi sans fin à la fois libérateur, grisant et plein de sens, et à la fois destructeur, sombre et inopiné.

affronter ses limites
au bout de soi même

Deux types de performance 

Tout d’abord dans le haut niveau, deux types de performances s’entrecroisent.

  • La performance atteinte (record, résultat, victoire etc.) qui est mesurable et objectivable.
  • Et la performance subjective liée à une poursuite sans fin du dépassement de soi.

Exemple : Marie José Pérec ou Laure Manaudou qui font leur come-back pour réaffirmer leur identité et dépasser de nouveau une performance reconnue.

Autre exemple: Ces aventuriers de l’extrême qui comme Isabelle Autissier se retrouvent dans des situations où ils passent proches de la mort et recherchent cette sensation particulière qu’aucune autre égale alliant plaisir de vivre, sensations fortes et danger mortel.

Par conséquent, questionnez-vous sur le type de profil dans lequel vous êtes. Les deux amènent de la performance et aux exploits, cependant les ressortissants psychologiques sont bien différents.

Une alternative au toujours plus, toujours mieux ?

Agasi dit « je hais le tennis » : cela interroge sur la finalité du sport l’appropriation du projet.

Federer passe 200h par an à s’entrainer sur un ballon suisse. Il arrive à durer longtemps car il prend le temps de s’exercer sans contrainte de rendement. Il travaille sur la posture, le relâchement. Federer n’est pas dans le faire plus. Il est dans la quête de stabilité, de fluidité du mouvement ce qui est moins épuisant que des entrainements sur le court.

Cela illustre qu’il serait judicieux de repenser la charge en proposant d’autres voies d’accès plus réparatrices pour que le corps prenne le temps. Nous avons des choses à inventer, rééquilibrer.

Si un sportif est fragile, il doit donc s’arrêter le temps nécessaire ou requalifier la charge d’entrainement. Il est aussi judicieux d’optimiser des stratégies d’entrainement différentes permettant de solliciter d’autres muscles, de renforcer des appuis de pieds dans certains sports, de travailler les muscles profonds, d’aller chercher du relâchement en connaissant mieux son corps.

Donc quand tout le monde est au top, il faut encore trouver autre chose pour se dépasser et gagner. Cela peut être une force et une capacité hors paire à gérer la douleur comme Nadal. Ou cela peut être la mise en place de routines d’échauffement et d’exercices d’entrainement qui prennent en compte la posture, le travail de dissocitation/association etc.

Anaëlle Malherbe

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